33H DE GARDE À VUE : « VOUS SAVEZ ÇA VIENT D’EN HAUT. DE TOUT EN HAUT »

33H DE GARDE À VUE : « VOUS SAVEZ ÇA VIENT D’EN HAUT. DE TOUT EN HAUT »

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taranis_2016-10-30_a__18.51.12.jpg, oct. 2016

mise à jour du 31 Octobre

La SDJ de Mediapart s’inquiète des procédures judiciaires lancées à l’encontre du journaliste Gaspard Glanz, fondateur du média indépendant Taranis

La SDJ de Mediapart s’inquiète des procédures judiciaires lancées à l’encontre du journaliste Gaspard Glanz, fondateur du média indépendant Taranis News, arrêté le 26 octobre pendant qu’il tournait un reportage sur l’évacuation de « la jungle » de Calais. Alors que ses demandes d’accréditation auprès de la préfecture étaient restées sans réponse, il  a découvert sur place qu’il était interdit de séjour sur le territoire de l’arrondissement de Calais jusqu’à la fin de l’état d’urgence. Il est également soumis à un contrôle judiciaire avec pointage hebdomadaire au commissariat de Strasbourg, sa ville de résidence. Il fait appel de cette disposition.

Restreindre la liberté de mouvement d’un reporter est une décision lourde en démocratie et pénalisante financièrement. Empêcher des journalistes de couvrir des opérations policières particulièrement sensibles constitue une grave infraction à l’exercice de la liberté d’informer. Quelle réalité la puissance publique cherche-t-elle à occulter en visant les photographes et reporters vidéos régulièrement attaqués cette année lors de leur couverture des mouvements sociaux ?

La multiplication des poursuites pour des motifs contestables au regard de la liberté d’expression donne le sentiment d’un harcèlement à l’égard de Gaspard Glanz. La rédaction de Mediapart suivra avec attention le déroulé de ses procès à venir car ils ne concernent pas seulement le sort d’un journaliste professionnel même s’il ne possède pas de carte de presse, mais bien le respect des droits et de l’indépendance de toute une profession.

Médiapart

à lire aussi sur Libé

https://taranis.news/2016/10/33h-de-garde-a-vue-vous-savez-ca-vient-den-haut-de-tout-en-haut/

Il est 9h35 ce mercredi 26 octobre 2016 et la jungle de Calais a brulé toute la nuit. Devant la porte du hangar ou se déroule le dispatch des migrants pour tous les CAO de France, je filme l’entrée d’un des premiers groupes de la journée. Ils attendent ici en lignes dans la brume froide d’un petit matin au bord de la Manche. Il fait 5 degrès. Je suis arrivé la nuit même sur la zone de Calais et j’ai directement fait des plans de la jungle. Je n’avais pas encore eu le temps de faire des interviews.

Je me rends à l’entrée du Hangar pour la seconde fois depuis mon arrivée et cette fois il est ouvert. Il y a une énorme concentration de CRS et une armée de Gendarme dans toute la rue. Ce sont les Gendarmes Mobiles qui contrôlent l’entrée et la file, la Police et les CRS se contentant de rester à l’arrière. Mais c’est un policier qui commande toute l’opération, et je le reconnais facilement car c’est un commandant que j’ai déjà plusieurs fois croisé sur d’autres manifestations, avec son micro-boule au visage comme les geek qui font du teamspeak. Lui aussi, il me reconnait. Je comprends en lisant dans ses yeux qu’il ne m’aime pas beaucoup. Mais genre, pas du tout. Et d’ailleurs il le dit à l’un des commandants de la Gendarmerie Mobile qui est à coté de lui. Celui-ci se met aussitôt à me regarder de la même façon. Je fais mine de ne pas faire attention et je continue à faire des plans de l’entrée des migrants dans le Hangar (même si mon instinct me hurle de fuir très vite). Quelques secondes plus tard je suis agrippé par douze gendarmes mobiles en tenue anti-émeute. Oui, douze, j’ai compté. J’entends « on le ceinture, allez, allez », « on l’entoure. Allez monsieur, on avance ». Je reste totalement cool, je me laisse faire. La situation est ridicule. J’essaie de les rassurer parce qu’ils ont l’air nerveux : « Ok messieurs je vous suis, regardez, restez cool, pas besoin de me tenir ». Les migrants sont sidérés mais les associations détournent le regards, et les autres journalistes leurs caméras. Malgrès la présence de nombreux photographes et caméras tout autour de moi, il n’y a aucune image de mon arrestation. Si je me fais interpeller par la police, c’est que je dois être un grand délinquant !

On me fait rentrer dans le périmètre du Hangar et on me place contre le mur du coté droit, bien à l’abris de la foule. Et là ça devient moins marrant. Je repère une page A4 imprimée avec ma photo dans la main d’un policier en civil. On me place les mains contre le mur pour la fouille, on me ramène les bras à l’arrière puis on me sert les menottes dans le dos. « Vous avez une accréditation ? Vous n’avez rien volé ? ». Je suis transféré par trois policier 500m plus loin, dans un bus transformé en « commissariat mobile », les menottes aux poignets.

à suivre sur son site

https://taranis.news/2016/10/33h-de-garde-a-vue-vous-savez-ca-vient-den-haut-de-tout-en-haut/

 

......

J’ai fais appel de cette décision et je peux vous dire que je vais combattre ces mesures liberticides. C’est ma liberté de citoyen qui est attaquée, c’est tout ce que j’ai construis ces cinq dernières années qui est jeté aux ordures pour des raisons politiques, en utilisant des moyens légaux pour s’assoir sur les valeurs constitutives de notre démocratie. Trois cent ans d’Histoire de France et de ses Révolutions ont forgé le socle des textes comme la Constitution ou le Code Civil qui étaient posés sur le bureau qui me séparait de la Juge des Libertés et de la Détention, cela ne vaut pas le fascime qui n’a qu’un pauvre demi-siècle d’expérience tragique. Je l’avais dit il y a longtemps dans un éditorial alors que je venais de me prendre mes premiers éclats de grenade désencerclante et autres impacts de LBD40 en filmant des manifs : que la Police m’arrache un oeil au flashball, il me restera toujours l’autre pour filmer. Je crois que le message n’est pas bien passé à ce moment là : je ne lâcherai pas mes convictions et si le journalisme doit devenir un combat dans ce pays, je le mènerai la fleur au fusil avec une armée de « camarades journalistes », en sifflotant le chant des partisans.

Non mais regardez autour de vous … Vous êtes sérieux ? Les chaines d’information en continu ? Hanouna ? Morandini ? Tout ces trous du cul qu’on en a marre de voir et qui n’ont rien à dire ? Toute la diversité des titres de la presse française écrasée par un véritable trust d’investisseurs se comptant sur les doigts d’une main, pour tout un pays ? Vous pensez vraiment qu’on a le sentiment d’avoir tort de faire ce que l’on fait ? Qu’on va avoir peur, ou se sentir intimidés ? Plus on se fait taper dessus pour qu’on se taise et plus cela légitime notre travail. Ça se vérifie depuis des années et ça s’appelle l’effet Streisand. Vous pouvez nous emprisonner, nous humilier, nous blesser, nous diffamer, on continuera à produire des contenus d’information parce que les gens ont BESOIN de savoir pour qui voter, de savoir qu’est ce qui va et qu’est ce qui ne va pas, de savoir si le gouvernement fait bien son travail ou s’il ne le fait pas, dans les faits et sur le terrain. Le journalisme est plus qu’un droit, c’est un pouvoir. Et un pouvoir, ça se défend. Ça possède la légitimité républicaine de se défendre, et ça peut être très puissant quand ça se met en colère.

« Si vous attaquez un policier vous attaquez toute la profession » a-t-on entendu dans les manifestations de Policiers à Paris la semaine dernière. Et bien si vous attaquez un journaliste, c’est pareil. Malgré les privations justifiées sans convictions par cet état d’urgence (qui n’est devenu rien d’autre qu’un état d’exception permanent) et les lois anti-terroristes utilisées maintenant contre la presse : vous ne nous ferez pas taire, vous ne nous empêcherez pas de faire notre travail et de montrer la vérité des faits. Si cette vérité est différente de celle présentée par vos communiqués de presse, il ne faut pas chercher à nous écraser parce que nous le démontrons, il faut vous entrainer à dire la vérité aux Français. Parce que c’est ça, la démocratie.

Accepter de s’être trompé, accepter d’avoir tort. Parfois savoir démissionner, aussi. Savoir reconnaitre ses fautes quand on a faillit à défendre les intérêts du peuple. Vous pouvez m’assigner à fermer ma gueule ou m’interdire de me servir de ma caméra, mais vous ne pourrez pas empêcher les centaines d’autres qui prendrons ma place. Parce que « le peuple » sait toujours se défendre quand on baffoue ses droits. Et ce que je viens de dire ne porte en rien l’extrême gauche, c’est simplement le récit de notre Histoire commune.

 

Pour la France…

 

Gaspard Glanz

Marcelo

Author: Marcelo

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