On tranche dans le Lard

LIB_FLEUR_13_12_14.jpg "Chacun se fait étouffer dans son petit terrain cequi fait que personne n’a la possibilité de rendre sensible l’étouffement global de la société. Il se trouve que les artistes et c’est pour ça qu’ils sont craints, sont en ce moment quasiment les seuls qui puissent parler au nil de tous."

André Marcovitch

traducteur, écrivain

po_entendu-17_10_14.jpg

 

On tranche dans le Lard, vous prendrez bien une lichette.

La ministre de la Culture sous serre ne voit pas le problème, mais elle est de tout coeur avec nous. (extrait FC 11/12/14) avec une batterie en grève enregistrée lors du rassemblement du 17 / 10 à Graslin).

LIB_FLEUR_13_12_14.jpg

on_tranche_11_12_14.mp3

 

Puis tirage au sort de ce qui restera d’artistes vivants dans ce fabuleux spectacle chamboule tout ou rien.

tirage_au_sort.mp3

Allez une dernière V.....Pro géniale.

valls_pro_business_11_12_14.mp3

LIBE_INTER_13_12_14.jpg

 

L’appel du 10 décembre - écrit par André Markowicz - Poète et traducteur

Hier, 10 décembre, j’étais à la Colline, et j’ai assisté à l’appel lancé par le Syndéac et le CIPAC (fédération des professionnels de l’art contemporain) pour alerter chacun, les citoyens comme toutes les instances de pouvoir, contre la baisse constante des budgets alloués à la culture, et la situation terrible dans laquelle se trouve le spectacle vivant. La grande salle de la Colline était pleine, l’atmosphère était grave. Et, oui, ce qui se passe est grave.

Les termes exacts de cet appel (vous les verrez sur le site du Syndéac, et bien ailleurs, sans doute), me paraissent un peu lyriques. C’était sans doute ce qu’il fallait pour rassembler le plus possible et ne pas se situer sur le terrain de la politique.

Je ne parlerai pas en « artiste », je dirai juste ça :D’abord, oui, combien d’entre nous n’ont pas vu des projets annulés parce qu’il n’y avait plus d’argent ? combien ne peuvent pas monter un spectacle — même un classique — parce qu’il y a « trop de monde sur scène « — et trop de monde, ça commence généralement à 5 personnes ? À six, le metteur en scène est courageux ? à davantage, il est fou, ou bien, et c’est souvent le cas, les acteurs ne sont quasiment pas payés, ou payés tellement peu qu’ils ne peuvent pas subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, et se trouvent donc obligés d’aligner les « petits boulots » après ou avant les répétitions… On sait tout ça.

Mais il s’agit de beaucoup plus.

L’Etat organise, méthodiquement, patiemment, lentement, sa propre disparition. Ce qui est en train de s’effondrer, de ligne politique en ligne politique, depuis le pouvoir de la gauche, jusqu’au pouvoir de la droite jusqu’au pouvoir de la gauche et au futur nouveau pouvoir de la droite (qui risque fort d’être celui de l’extrême-droite), c’est le service public, c’est-à-dire ces secteurs de la vie de la cité que nous étions habitués à considérer comme pouvant échapper à la course à la rentabilité financière immédiate, — la santé, l’éducation pour tous, et la culture. Il s’agit bien de la transformation du citoyen en consommateur, avec une gestion, plus ou moins efficace, du consommateur impossible — celui qui ne peut pas consommer, parce qu’il est dans la misère et dans l’isolement : la misère et l’isolement provoquant le dégoût, lequel se traduit par l’abstention, l’abstention en elle-même étant le garant de « l’assise démocratique » du monde libéral.Cette disparation de l’Etat est globale — mais elle est graduelle, et elle se fait secteur par secteur, détail par détail, pour qu’elle n’apparaisse que comme une suite de conflits locaux dans lesquels les gens concernés ne défendent que leur propre bout de gras, sans lien avec les autres.
La diminution des moyens alloués au service public de la culture implique, chez les artistes, une compétition encore plus grande pour avoir le peu qui reste, et cette compétition, cette rivalité sont, elles aussi, une condition nécessaire à la disparition de l’Etat : quand on se dispute entre soi, on ne remarque pas l’essentiel. Force était de constater, dans la salle, qu’il y avait solidarité entre tous, au moins pour l’instant, — au moins pour lancer cet appel.
Mais la diminution des budgets va de pair avec un danger tout aussi grand, qui est la réforme territoriale, et le transfert, là encore graduel, des compétences du ministère aux régions.

 

Pour la Bretagne, les choses sont simples : le « pacte d’avenir » prévoit un transfert de compétences totale pour l’audiovisuel, le livre et le patrimoine, pour une durée d’essai de trois ans. Le Syndéac a, pour l’instant, grâce à Madeleine Louarn, négocié un sursis pour le spectacle vivant. Evidemment, ça ne durera pas. Mais, en Bretagne, ça veut dire qu’il n’existera plus de «monuments nationaux », et qu’il n’existera plus de Centre National du Livre : tout dépendra de la Région.

Le retrait de l’Etat entretient le poujadisme. De tout temps, les élus locaux, ou les potentats ont considéré qu’ils n’avaient rien à faire de la création artistique, et que la culture ne devait servir que de divertissement. Le nouveau maire du Blanc-Mesnil, disant qu’il refuse que l’ouvrier blanc-mesnilois paie pour le bobo parisien, ne dit tout haut que ce que des centaines (des milliers ?) de maires ont pensé avant lui — même si la majeure partie des spectateurs du Forum vient du Blanc-Mesnil et des communes voisines. Ce n’est pas la réalité du fait qui compte, c’est le geste : à quoi bon la « culture », « élitiste », « difficile », que, moi (qui paye, moi, le maire), je ne comprends pas, qui ne me dit rien, alors que je pourrais, pour le même argent, voire beaucoup moins, organiser des soirées avec des comédies drôles ou des fêtes populaires(qui m’aideraient à me faire réélire ? Il y a quelques années encore, un maire aurait eu honte, peut-être, de le dire clairement : maintenant, l’Etat se désengageant, on se sent autorisé — et ce sera de pire en pire. L’essentiel, encore une fois, est de donner aux gens ce qu’ils ont déjà ; de les distraire. Les gens sont fatigués après le travail, n’est-ce pas...

Le but est simple : garder quelques « pôles d’excellence » (disons, les théâtres nationaux et un théâtre par nouvelle entité régionale), et ramener le reste au règne de la débrouille : l’underground (dont l’on tire, de temps à autre, quelqu’un pour le mettre à la place du directeur d’une scène nationale ou régionale) ou la pratique amateur. L’underground a cela de bien qu’il évite le problème de l’intermittence. Finalement, c’est ce qui existe partout ailleurs dans le monde, cette organisation, et nous devrions être contents, parce que nous sommes en démocratie, et nous pouvons critiquer ce que nous voulons, comme nous voulons.

Pourtant, il y a aussi un autre fait : on se souvient de chaque mouvement social des artistes. On se souvient, plus de dix ans après, du conflit de 2003. Parce que les artistes ont quelque chose que les autres catégories sociales n’ont pas — la visibilité, et la parole. Il ne s’agit pas de dire que nous sommes des porte-parole. Jamais je n’aurai la prétention, moi, d’être le porte-parole de quiconque — non, ce n’est pas ça. Mais nous pouvons parler, en notre nom, et faire du bruit, et de ne pas rester seuls. Et, ça, le bruit, c’est une chose que nos politiques, de droite comme de gauche, n’aiment pas du tout. Parce que le bruit dérange l’indifférence. Et c’est l’indifférence qui tue.

Share

Marcelo

Author: Marcelo

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (0)

Be the first to comment on this article

Add a comment This post's comments feed

HTML code is displayed as text and web addresses are automatically converted.

No attachment



You might also like

Jeunes migrants mineurs expulsés par la nouvelle préfete en poste

Jeunes migrants mineurs expulsés à Nantes par la nouvelle préfète en poste.

Continue reading

DSC06361.JPG

le gouvernement lave plus blanc que Rouge

Dern!ère manif selon les syndicats contre la Loi Travail . Nantes 15 septembre 2016. Du monde et le PS qui arrose. Ville en état de siège bleu horizon et contrôle tout azimut avait la Culture en débat en prime avec la prime première Dame de Nantes au lieu Unique, lieu des Assises Culturelles. "Tout va bien Madame la Marquise" et sa garde rapprochée casquée. les archers du Roy .JPG, sept. 2016  

Continue reading